Article ...

Découvrez cet article ...

Manitas de Plata, le Picasso de la guitare Flamenca...

Le maçon


Ainsi allait l'enfance de Ricardo, jouant entre les roulottes, petits farceurs à ces moments, joueur de guitare toujours. L'école, Ricardo n'y est allé que quelques jours, dont le premier accompagné de sa mère, "la grande Dame" qui justement y tenait beaucoup à l'école. Antoinette avait passé toute la matinée à "astiquer" son fils au savon noir avant de lui enfiler des habits tout neufs, acheté pour l'occasion. A l'école le maître chauve à la drôle de moustache lui fera une sévère impression.

Ricardo n'y restera pas longtemps, victime de rejets, d'incompréhensions et puis au fond ça ne l'interressait pas au petit Ricardo, tout ses rangs alignés, ses longues heures assis au fond de la classe mais aussi et surtout la peur des payots, ces gens qui ne les comprennent pas, qui viennent les voir en cachette écouter leur musique et qui les traitent de tous les noms. Non l'école, trop peu pour Ricardo...

La guitare est devenue sa fidèle amie et il l'avait toujours près de lui. Avec son père, comme avec d'autres guitaristes, Ricardo s'essaiera à des joutes techniques, puis peu à peu acquièrera en plus d'une expérience, une renommée dans son campement de Sète.

C'est à l'occasion des pélérinages des Saintes de la Mer, en Camargue, que Ricardo, se fait remarquer définitivement comme bon guitariste.

Les leçons données par l'oncle Moro, son papa et dont certaines à coups de claques portent leur fruits. Ce pélérinage qui est l''évènement le plus attendu, le plus sacré de l'année est l'occasion, chez les gitans, d'une rencontre communautaire, de festivités en tout genres, de retrouvailles entre familles et de repas gargantuesques aux sons des chants et des ryhtmes de guitares. En ces années d'avant guerre, la fraternité n'est pas un vain mot chez les gitans. L'entre aide est plus que nécéssaire, sinon vitale.

Le pélérinage tout naturellement ressère aussi des liens et en tissent d'autres. Sur la route du Pélérinage, qui était il faut le dire, une véritable expédition et qui durait plusieurs jours parfois la semaine entière, la famille de Ricardo passait par Arles. Arles est une belle ville ancienne aux monuments remarquables et ou habitent des cousins, dans le quartier de la Roquette, les cousins Reyes. La famille y faisait halte quelques petits jours, avant de reprendre le chemin. Arles est aussi l'occasion de s'enrichir quelque peu, grâce à sa foire aux cheveaux et à ce commerce. Gustave en profite donc avec intérêt.

En ce début des années 1930, une décision prise à la fin d'un pélérinage va bouleverser la famille de Ricardo. Le papa décide de ne plus retourner à Sète, mais d'aller s'installer à Montpellier cette grande ville ou se trouve de nombreux campements d'autres gitans dont certains sont devenus sédentaires. Des gitans de toute provenances et même d'Espagne. A leurs contacts Ricardo va parfaire sa musique, mieux la comprendre, même si elle coule dans ses veines depuis toujours. Il y aussi cet homme discret qui justement écoute davantage le petit garçon et l'observe avec attention.

Il vient de Barcelone et semble travailler à la dur, ses mains grisatres et entaillées le démontrent. Il brandit quelque fois un drapeau noir, parle le castillan, le catalan. C'était à sa manière l'intellectuel du campement, il discutait souvent et longuement avec les grands, autour d'une bouteille de son pays. Il reprochera d'ailleurs aux gitans leur analpabétisme et regrettera que le petit Ricardo ne sache ni lire, ni écrire.

Une journée de beau soleil, il interpellera Ricardo, le sollicitant de jouer dans une fête au profit de ses camarades pour quelques centaines de francs. Pour prendre l'adhésion de Ricardo qui allait vers ses 15-16 ans, il lui dira que ces doigts sonnent comme de l'argent sur les cordes de guitares et qu'un jour il pourra rivaliser avec les plus grands comme Sabicas, le géant ...

Oui, c'est cela,  comme de l'argent sur les cordes, de petites mains d'argents sur les cordes.

Et avec un sourire que Ricardo n'oubliera jamais plus, cet homme que tout le monde appelait "le maçon" dira au petit Ricardo:

 - Manitas de Plata, c'est toi ...

Cet homme qui donnera l'alias d'un des guitaristes les plus célèbre au monde, personne n'en connaitra même et jamais le sien.

Cet homme au drapeau noir, celui des anarchistes, qui lui aura offert son premier cachet, qui repartira vers son destin et que plus personne ne reverra ...



Articles similaires